marche à reculons ne veut pas voir la mort en face sait qu’elle
est là la suit ne la lâche pas d’un pas ne veut pas surtout pas la
voir en face avec son regard vert-gris de Méduse son odeur
de sexe de femme de forêt d’automne grosse de champignons
ses grimaces dans son dos l’ironie de ses bouffées de rires sa
silhouette ordinaire ordinaire de femme ordinaire ses bruits
de vieille voiture poussive de temps qui passe entraînant
les banalités ordinaires des jours ordinaires comme
l’obligation de faire la vaisselle balayer la poussière
des pièces nettoyer les vitres encore nettoyer les vitres encore
épousseter les meubles ou regarder les hommes passant
sous ses fenêtres les uns après les autres les uns après
les autres dans leurs odeurs d’eau de cologne tabac sueur
bouches mal lavées cheveux gras ou gominés ou autres
encore comme envie jalousie stupre colère aussi
marche à reculons ne veut pas ne veut pas voir la mort en face

 

Chant Ndongué Gbaya de la province de Bouar

La bonne fille, Niccolò Vito Piccinni