le poète cherche la poésie avec sa lanterne qui tremble regard
vif perçant la cherche parfois amusé-anxieux parfois
étonné-apeuré il lui le poète lui Alessandro cherche la poésie lui
la cherche dans les petits plis des yeux des femmes d’âge mûr
dans les jeunes chatons encore veloutés des bogues de châtaigniers dans
le cri rauque des tourterelles au fond des parcs solitaires ou
dans les rideaux et les voiles qui dissimulent l’ennui quotidien
de familles trop peu énamourées encore dans les verbes irréguliers
encore dans dans tous les petits riens du jour les vapeurs
d’échappement des moteurs diesel qui l’empêchent de respirer
rêver voir la poésie qui est là quelque part ne demande qu’à être
découverte se dissimule facétieuse il en est sûr le sent il le sent
avec toute la certitude de sa vieille expérience de poète sans âge là
dans les moindres parcelles du jour ou ce qu’il reste des heures
usées de trop d’habitudes comme ces cuisses trop amoureuses où
se dessinent les filigranes de vergetures si attendrissantes si poésie-poésie
qu’il pense l’avoir trouvée l’avoir trouvée l’avoir trouvée mais non
pas encore c’est pas encore ça se demande s’il a le bon instrument
la bonne méthode s’il ferait pas mieux d’attendre mais quoi quand
où comment pourquoi ou qui ou n’est-ce pas sait pas sait plus
cherche la poésie cherche encore encore et encore et encore et
encore sait qu’il trouvera un jour ça ne saurait tarder il le sait le sait

 

Crow Hop chant Sioux Lakota

Le Carnaval de Venise, André Campra