c’est un poète observe les choses sous les choses des choses l’accord
entre l’iridescence des plumes d’un canard sauvage et un coucher
de soleil par une soirée un peu brumeuse sur l’étale d’un étang
paisible de Camargue calcule l’ordre et le nombre de ses
gorgées de bière pèse les mots de ses poésies au milligramme parcourt
à pas mesurés l’immobilité lyrique des paysages de ses épanchements
sentimentaux exige la précision le mot juste au prix de l’abandon
du foisonnement de la variété des tonalités de termes qui risquerait
de le perdre dans leurs chemins de traverse ne vit pas pas plus
calcule toutes les différences entre un mot et ce mot même se
regarde sans cesse vivre s’analyse s’étudie se recherche se travaille se
façonne s’écrit et avec lui ses multiples sensations inédites depuis la
goutte d’eau tombant sur sa main par un jour de vent d’automne
dans l’allée d’un parc public l’odeur d’acétone qu’un
plat d’asperges donne à son urine ou la brûlure de l’amande
pilée dans le yaourt à la cannelle d’un verre de salep bu
dans la froidure d’une soirée d’hiver sur un quai de la Corne d’or
bannit les adjectifs les adverbes de comparaison les verbes
pronominaux s’impose de dire en deux mots tout du monde
et tout ce qu’il pense sent imagine absorbe abandonne du monde
qu’il ne veut que mettre en page et en vers c’est un poète avec
sa langue de poète ses mots ses rêves sa vie ses images de poète

Chant funèbre guèges (Albanie)

Le milicien, Egidio Duni