Alessandro regrette la neige qui tombait sur son village d’enfance se
lamente sur sa blancheur sa qualité sa quantité ce qu’elle était alors
elle la neige l’enfance et tout ce qui va avec comme nostalgie
goût de Carambar collé au palais de filaments de bois de réglisse
coincés dans l’écartement des dents de lait regrette regrette
l’enfance ou la neige ou les neiges de l’enfance ne sait pas trop
le regrette regrette ça et tout ce qui allait avec le sourire
lumineux de sa mère ou sa grand-mère ou une de ses tantes
la voix grave posée des mâles dominants de la famille
la lourdeur des petits matins quand il fallait s’extraire de
sous les plumes pour emprunter le chemin de l’école
sous la neige avec tous ces flocons qui piquaient les
yeux gerçaient lèvres et mains joues rougies de froid et
du plaisir brûlant de tout ce froid net sans bavures ni
hésitations tout cet effacement des inattendus du monde
page offerte à l’écriture de toutes ses rêveries et délires
il regrette tout ça par moments le regrette par moments
le froid saisissant les cheville dans les ruisseaux de braconnage
les parfums-femmes des sous-bois humides comme vulves
le regrette comme odeurs d’automne échappées du fumier du temps
le regrette et ça le gave le gave ce regret qu’il regrette aussi

 

Chant féminin rope des îles Salomon 

Werther, Jules Massenet