Alessandro la regarde elle elle a l’air fragile si fragile la regarde voudrait
la toucher savoir si elle est de chair et de sang comme lui ou
d’une autre matière voudrait la toucher ne cesse de la
regarder toucher son cou son pied son ventre ses seins
ses lèvres la toucher rien que la toucher pour voir pour
être sûr sûr de ce qu’elle est être sûr que ça vaut le coup
de penser à elle la regarder sans peur de la détruire ou même
d’altérer simplement altérer l’équilibre subtil des teintes
de sa peau depuis les si légers cernes violines qui soulignent
la profondeur de son regard jusqu’à l’incarnat purpurin
qui fermant tous les plis amplifie le relief de ses lèvres la
regarde ne peut faire autrement la regarde se dit que le
rose transparent peut-être transparent diaphane translucide
oui translucide de ses joues comme celui plus ferme qui
courbe ses épaules ne peut pas ne peut pas être réel qu’il
y a quelque chose qui lui échappe sûrement quelque chose
qui lui échappe que ça ne peut pas être vrai tout ça pas longtemps

 

Il cinese rimpatriato, opera anonyme, 1753