Opera Buffa

18 juillet 2013

L'île des fous

 

ce qu’il sait il sait qu’il le sait est sûr de le savoir rien personne
ne lui en fera démordre car ce qu’il sait il le sait il pense
juste fort pense ce qu’il pense que Dieu est avec lui qu’il
n’y a pas de raisons que le noir ne soit pas noir le blanc blanc
que le bleu de la neige est une erreur de la nature l’ombre
mauve des montagnes se doit d’être noire comme dans ses livres
lois décrets règlements prescriptions arrêtés prières conventions
ordonnances ordres de ça rien à en dire c’est comme ça puisqu’il
le sait le dit le dit parce qu’il le sait qu’il défend la vérité qu’elle
est l’énergie l’essence le pétrole de sa conviction doctrine dogme
religion et foi c’est pour tout ça qu’il défend l’ordre du monde
pour ça pour ça qu’il a tout l’or qu’il lui faut puis de la corde au bâton
de l’épée au fusil du gaz à la bombe cent cinquante mille arguments
prêts à servir sa certitude il sait ce qu’il sait dit ce qu’il sait est
ce qu’il sait est prêt à tuer pour cela le sait le dit prêt à tuer tuer
tuer tuer tuer parce qu’il sait tuer tuer encore et encore et encore

 

L'île des fous, opera de Louis Anseaume, musique Edigio Romulado Duni

Chœur d'hommes de Taïwan

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23 juin 2013

Les diamants de la couronne

 

le poète sait qu’il n’est pas doué pour la poésie il
le sait même si ici ou là on lui dit le contraire l’invite
l’incite à lire dire déclamer parler reparler écrire réfléchir
encore et encore et encore sur la poésie et le poème et
le vers pas vers la prose l’odeur des roses et celle des
aisselles de ses amantes le moderne ou le classique le
sentiment des choses ou les infimes mouvements si
intéressants de la crevette rose ou rodomonte ou de la sittelle
encore comme l’hermine d’ailleurs la poésie c’est pas son truc
on ne le croit pas au contraire bien au contraire on sourires
entendus on sait qu’il dit ne pas savoir mais on sait ce
qu’on sait quoi qu’il fasse ou cache ou dise ou affirme il
est le poète pas ce qu’il dit mais ce qu’il est dans ses dires

 

Les diamants de la couronne, Daniel Auber

Cithare sur table bombée du Vietnam

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18 juin 2013

Madame l'archiduc

 

Alessandro est un grand mystique s’abîme dans la contemplation
des brumes bleutées du lever du jour adoucissant les lignes des toits
des villages ou les infinis changements colorés des surfaces marines
dans les anses bretonnes ou encore les lumineuses profondeurs
vertes des sous-bois sculptées par des averses de lumière ou même
se dissout dans les masses aveuglantes des chaleurs d’août
Alessandro se confond avec son sentiment du monde il
vise cela le désire intensément ne trouve nulle part ailleurs telle
plénitude sentiment d’être et d’appartenir satisfaction d’éprouver
la fusion intime de ses atomes avec ceux qui composent son
univers Alessandro est paysage lumière odeur fraîcheur ou chaleur ou
vent feuillage nuage et orage il est ne trouve à sa vie d’autre sens
que d’être un temps cet assemblage curieusement conscient d’être
pour en fin se dissoudre dans l’infini variété insaisie des choses

 

Madame l'ArchiducOffenbach et Millaud

Musique d'Erythrée

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08 juin 2013

I viaggiatori

 

tous les mécanismes ne relèvent pas de la perception
il faut admettre ça cet axiome sinon ne restent plus
que des calculs vides de sens il ne faut pas se fatiguer
ainsi à mouliner des données théoriques la réalité
la réalité est la réalité n’est-ce pas ou alors les vérités
toutes les vérités même partielles et relatives sont
des illusions la réalité est la réalité est la réalité
la réalité n’est pas une rose ni une rose même si elle
est plus ou moins plus ou moins vraie même s’il faut
inventer de nouveaux concepts même non observables
même s’il faut oser sans cesse des hypothèses audacieuses
pour connaître sa signification la signification de
la réalité pragmatique élaborer des interprétations
pragmatiques de la réalité dans toutes leurs amplitudes
de probabilité sans rien oublier sans oublier la réalité
de la réalité sans oublier qu’en réalité on naît vit et
meurt sans oublier qu’on meurt et qu’un point c’est tout

I viaggiatori, Niccolò Piccinni

Chant Guji d'Éthiopie

27 mai 2013

Zémire et Azor

 

ils se regardent parlent se parlent parlent d’amour ils
se regardent parler se regardent parler d’amour ils
se regardent et se parlent d’amour ne savent pas
comment ils en sont venus là se regardent se
parler d’amour et ça dure dure ne savent pas
pourquoi ni comment se parlent parlant d’amour
parlent d’amour en se regardant parler d’amour
avec l’amour autour ou du moins quelque chose
qui leur parle d’amour ce quelque chose dont
ils parlent tout en se regardant se regarder avec
tout l’amour dont ils disent parler et qui est là
comme ça entre eux tout d’un coup sans raisons
sans miroir ni écho une parole qui leur parle d’amour

 

Zémire et Azor, André Ernest Modeste Gréty

Chant peul

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22 mai 2013

La zingara

 

elle dit « c’est une honte » il dit aussi « c’est une honte »
« n’est-ce pas ? » qu’elle dit « bien sûr bien sûr vous avez
tout à fait raison c’est une honte » « on nous mène par le
bout du nez n’est-ce pas » « sûr… ça c’est sûr on se moque
de nous » il dit ça elle l’écoute pas elle dit elle dit la même
chose ne l’écoute pas « ça va pas… ça va pas… on se moque
de nous… c’est une honte… » « vous avez raison une honte »
elle dit il dit elle elle dit ce qu’il dit d’ailleurs il dit ce qu’elle
dit « c’est une honte… une véritable honte madame » ça leur
fait bien plaisir les rassure de se comprendre aussi bien
d’éprouver cette même indignation devant les mots dits
les mots qui les enveloppent de leur tranquillité fadasse

La zingara, Gaetano Donizetti

Musique Papouasie-Nlle Guinée

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21 mai 2013

Gli artigiani arricheti

 

le vieux poète est vieux c’est un poète avec une tête de
vieux poète cheveux soleil blanc de frondaison de soir
lumineux lumineux d’automne Alessandro voit le vieux poète
dans le miroir le voit ne le regarde pas ne veut pas ne
veut pas le regarder Alessandro sait que le vieux poète est vieux
il sait ça voit ses cheveux blond-soleil diffractés sur la mer
par une calme soirée d’été et ça ne le rassure pas ni rien
d’autre rien d’autre entre eux que le temps glissant en silence
sur la surface liquide impassible du miroir rien d’autre que
cette eau du regard larmes buée coulant sur la trouble différence
verticale du miroir du vieux poète voix cassée cassée par
la fatigue du regard l’usure vieux-poète du monde peau des
mots devenus rugueux d’avoir trop servis noirs intimes noirs
soleil creusant les montagnes un soir agressif d’hiver mots
noirs perdus dans l’eau trouble des regards perdus dans l’eau
vague du miroir dans ce silence secret dressé entre lui et
lui entre le vieux poète et le vieux poète entre Alessandro et
Alessandro et Alessandro Alessandro et puis et puis et alors…

 

Gli artigiani arricheti, Gaetano Latilla

Trompes tibétaines

 

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12 mai 2013

Il prigionier superbo

 

Alessandro est capable de tout faire sait tout de tout sur tout
maîtrise le calcul intégral comme les théories quantiques
ou la sociologie de la société de l’information pourrait
conseiller des ministres de n’importe quel gouvernement
saurait prévoir des catastrophes mettre son savoir au
service des causes les plus urgentes contrecarrer les dessins
machiavéliques des mafias les plus diverses retirer les
marrons de n’importe quel feu être efficace donner des
conseils utiles et même indispensables écrire des poèmes
inoubliables des chansons pour faire rire les enfants
pleurer les vieillards séduire les jeunes filles ou les
vieilles femmes Alessandro en est capable capable
il ne fait rien de tout cela ne veut pas pourrait mais
ne veut pas tant lui semblent vaines quelques actions
que ce soit dans ce monde qui ne l’enchante plus

 

Il prigionier superbo, Giovanni Battista Pergolesi

Chant diphonique Mongol

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29 avril 2013

La boîte au lait

 

Alessandro est malheureux sa vie a une odeur de vernis
recouvrant des heures formelles parfois un goût de merdes celles
dans lesquelles il marche de temps à autre qui
l’obligent à nettoyer ses semelles crantées avec des
brindilles de bois des morceaux de carton ou autres
instruments improvisés mais cela ne présage jamais
du pire qu’il sent là quelque part possible bien que
tout à fait indéfinissable car ses jours sont des jours qui
succèdent les uns aux autres sans autres raisons que leurs
succession or la distance à parcourir lui reste une équation
à deux inconnues et il ne sait que ramper de terreur
devant l’aspect insoluble des choses faisant son cinéma
tout cela est bien flou bien morose en tous points
identique à soi-même hors de la ritournelle que lui font
des mots comme aubaine amitié amour avenir aventure qui
n’en finissent jamais de ne pas savoir commencer et
encombrent sa tête de leur incessante rumeur monotone

 

Gigue irlandaise

La boîte au lait, Offenbach, Jules Noriac et Eugène Grangé (1876)

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15 avril 2013

il piccolo diavolo rosso

 

Alessandro se passionne d’abord pour la littérature lit dévore
puis trouve que le football ne manque pas de charme puis
le tennis la course à pied la musique mongole ouzbèque
l’opéra l’opéra en effet mais il y a tant d’autres choses encore
l’instant d’après c’est la natation la natation la natation
ou le vélo les rêveries devant les paysages les promenades
en forêt l’archéologie la science et son histoire l’histoire et
l’histoire des sciences la science de l’histoire la religion
le problème de dieu l’occupe en effet un instant puis de l’un
passe aux multiples à l’histoire des religions puis au golf
au théâtre cinéma danse visite de musées histoire de l’art
philosophie psychanalyse mathématiques psychologie
alors tombe le couperet du soir et se retourne sur sa journée
se dit que rien n’a eu lieu sinon l’essoufflement de
sa course d’une recherche à l’autre d’un emballement
de l’esprit à l’autre que rien n’est dit ni épuisé tout encore
reste à découvrir et maintenant c’est la nuit qui tombe la
nuit qui tombe sans remords possibles la nuit sa nuit qui tombe

 

Chant bobino duu, Mongolie

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